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Hier, c’était la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Et je n’en ai pas parlé. Parce que d’autres l’ont fait. Aussi bien que moi. Sans doute, même, mieux que moi.

Tous les 25 novembre, je me dis que c’est bien que l’on en parle, que sans doute, cela pourra changer les choses. Que les choses changent déjà.

Et puis, il y a cette petite voix, agaçante, grinçante qui du matin au soir me demande si cette journée n’est pas simplement une commémoration pour déculpabiliser les foules, pour se donner bonne conscience, mettre des photos choquantes sur ses pages et des punchlines sur ses réseaux.

Mais il y a aussi l’autre voix, celle qui murmure que chaque mot, chaque geste compte.

Que ces campagnes de sensibilisation peuvent toucher une personne, puis une autre, et feront peut-être boule de neige, pour éradiquer ce fléau, souvent trop normalisé.

Que le changement, bien que lent, est en marche. Parce que parler des violences, c’est aussi briser le silence, donner du courage à celles qui n’en ont plus.

J’ai été victime de nombreuses facettes de ce que l’on qualifie aujourd’hui de “violences faites aux femmes”.

Elles portent de multiples visages, des couleurs différentes, et sont intimes, d’une violence inouïe, parce qu’elles nous dépossèdent de tout, jusqu’à notre substance même. Elles nous enchaînent, nous épuisent, nous enlisent de solitude.

Mais j’ai eu la chance d’avoir la plume comme bouclier, en phare dans l’obscurité.

Alors, je l’ai brandie et elle a écrit “Une anonyme au bout du fil” pour me libérer.

Une fois la bombe lâchée, j’ai retenu mon souffle, de peur, de honte.

Je me disais alors que si ce livre parvenait à toucher une seule âme de par le monde, alors il aurait accompli sa mission.

Pour moi et pour cette personne. Et je crois que c’est le cas.

Aujourd’hui encore, comme lors de sa publication initiale en 2021, une partie de mes droits d’auteure est reversée à la Fédération solidarité Femmes, parce que le combat n’est pas fini, il se poursuit tous les jours, pour la libération de la parole, des femmes, des enfants, pour la chute du patriarcat toxique, pour l’assassinat des clichés à la dent dure.

Je pense à toutes ces sœurs, aux batailles qu’elles mènent en silence, aux blessures invisibles qu’elles portent.

Mais aujourd’hui, je veux dire à toutes ces femmes que nous ne sommes pas seules.

Que notre douleur, notre combat, a un sens. Que parler de ces violences, c’est se donner la force de guérir, de reconstruire.

C’est rendre visible l’invisible, donner une voix à celles qui n’en ont plus.

Je veux vous dire qu’il y a de l’espoir. Que même dans les moments les plus sombres, il y a une lumière.

Qu’ensemble, nous pouvons faire une différence. Parce que chaque action, chaque mot compte.

Parce que nous méritons toutes de vivre sans peur, sans honte, sans violences.

Et je me dis que même si ce n’est qu’une journée dans l’année, elle est un rappel que la lutte continue, que nous ne devons pas baisser les bras.

Parce qu’au fond, le changement commence par nous tous, par ces petits actes quotidiens, par notre capacité à écouter, à soutenir, à agir.

Et même si parfois, cela semble vain, il faut continuer. Pour elles. Pour nous. Pour un monde meilleur.

Je finirais ce modeste témoignage en vous glissant cette lettre ouverte adressée à la Juliette que j’étais autrefois:

“Autopsie d’une parole étouffée”

et vous invite à contacter le numéro national de la Fédération contre les Violences Faites aux Femmes : 3919, si vous avez besoin d’aide. Pour vous, pour elle(s)…