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La rose et la cuirasse

    J’ai laissé les mots d’un autre me blesser,

    C’est ma faute, je n’aurais pas dû le laisser

    Si près de mon cœur s’approcher.

    Et puis j’ai laissé passer la nuit,

    Comme hébétée, sonnée de n’éprouver que mélancolie.

    Pas vraiment de lui, mélancolie de moi,

    ou plutôt de cette guerrière que j’étais autrefois,

    Qui aujourd’hui sommeille et sourit

    aux nuages en attendant qu’ils s’enfuient.

    Je ne ressens plus en-dedans

    le moindre débordement,

    plus cette familière chaleur

    comme un volcan bouillonnant.

    L’aube s’est levée, je me suis regardée en dedans,

    Et finalement j’ai compris que depuis enfant,

    Je refuse la tristesse, en m’emmitouflant de ressentiment.

    Qu’au lieu de pleurer, je me dresse en bouclier

    Face aux injustices, je sors le glaive et mords l’ennemi,

    Les yeux de braise, les lèvres de fiel

    je me fais rebelle face aux vilenies

    Toujours en lutte, en perpétuel combat,

    La fureur en étendard, en un poison adoré,

    Mon opium à moi, celui qui m’a fait tenir debout,

    Quand j’aurais pu m’effondrer d’un coup.

    Et puis, récemment, J’ai appris à nommer ce fardeau,

    Je m’en suis détachée, en confiant ce vœu à des magiciennes,

    Sans savoir qu’un jour, qui ressemblerait trait pour trait à un autre,

    Ce poids si familier m’aurait quittée, me laissant toute nue,

    dévêtue, de cette colère, paradoxalement si fragile.

    Vulnérabilisée par le manque d’avoir perdu cette béquille,

    Qui m’a tant soutenue dans mes tempêtes.

    Et puis surtout, j’ai peur sans cette rage,

    qui, hier encore, servait de carapace d’obsidienne

    À mon cœur chamallow, empli de peine.

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